L’enfer est pavé de bonnes intentions

Si vous voulez faire des dégats au sein de vos équipes … Alors récompensez !

Faites jouer la carotte !

(Mais je vous le dis tout net, pour motiver durablement quelqu’un, la récompense est une fausse bonne idée. ça fait du bien sur le moment, mais ça ne marche pas très longtemps !! )

Deux raisons qui font que la récompense est une mauvaise option pour motiver.

Petit 1) La récompense dévalorise le travail (à long terme)

Petit 2) On s’habitue à la récompense (et donc on en veut toujours plus)

(Vous voulez des explications ? C’est parti !!)

Petit 1 :

Quel message faites-vous passer à vos enfants si vous les payez pour bien travailler à l’école ?

« C’est tellement pénible d’aller à l’école (et d’apprendre) que je te paie pour ça !»

Oups !

Une activité potentiellement passionnante (elle l’est pour beaucoup de gens!) devient un labeur, une corvée, un truc, un machin à éviter à tout prix !!!

Ce message négatif efface une motivation intrinsèque (apprendre pour le plaisir de découvrir, d’exercer son intelligence, de se mettre au défi …) au profit d’une motivation extrinsèque (Les sous, la prime, la récompense…).

Ainsi une activité potentiellement choisie pour elle même, pour les plaisirs qu’elle peut procurer, devient un fardeau que l’on ne se résout à faire que si une incitation extérieure se présente .

Vous voyez le topo ?

Le message est passé comme une lettre à la poste pour votre môme, et vous pourrez ramer longtemps avant de contre-balancer cette bévue !

Petit 2 🙂

Quand on travaille pour la récompense, on s’y habitue, on en veut plus…

C’est ce qu’on appelle « l’habituation hédoniste” (J’adore les gros mots!)

Eh oui, nous sommes des enfants gâtés : plus on en a, plus on en veut !

L’être humain s’habitue à tout, et pour obtenir le même effet, il faut sans cesse augmenter sa dose !

C’est valable pour tout ! Primes, augmentation de salaire…

L’effet de surprise s’estompe très vite.

La joie que l’on ressent à l’annonce d’une magnifique augmentation de salaire finira par disparaître…

Pour que la motivation reste présente, il faudra renouveler la manœuvre !

Il y a une accoutumance à la récompense. (Et au salaire)

(De plus la «prime» est une incitation à la tricherie et aux comportements asociaux.)

Donc, la récompense CONDITIONNELLE ne marche pas si bien que ça. Exemple : « Si tu fais ceci, tu obtiendras cela ».

A l’inverse, une récompense inconditionnelle et à postériori (non-conditionnée à un résultat), est très motivante.

C’est donc plus «payant» de donner une prime inattendue, que de donner une prime annoncée à l’avance.

Pourquoi ?

« Mais vous m’insultez! »

Si la récompense est annoncée, si elle est conditionnée à un résultat, alors l’individu perd de son autonomie, de son pouvoir de décision et il a horreur de ça !

De plus il y a un sous-entendu désagréable qui « heurte » les valeurs des personnes :

«Si je on me propose une prime pour faire ça, c’est donc qu’on suppose je suis vénal, qu’on peut m’acheter !»

Qui a envie de passer pour quelqu’un qui peut être acheté ?? Un vendu, autrement dit !

Regardez n’importe quel film hollywoodien, et vous verrez que c’est une grosse insulte ! (Même si c’est vrai 😉 ! Un peu de subtilité ne saurait nuire, et il est possible d’amener la chose autrement !)

A l’inverse, une prime donnée après un travail est une reconnaissance de ce qui a été fait, et de l’état d’esprit qui a permit de le faire.

(Bon à savoir : Sur le long terme, la récompense ne booste pas non plus la créativité. Je vous en reparlerais!)

L’argent tue le plaisir et assassine la vertu !

La monétisation « pervertit » la bonne action.

En Angleterre, des tests ont été menés pour voir s’il fallait payer (ou non) les dons du sang.

Résultat : il y a moins de don du sang en cas de récompense annoncée, car alors le don du sang perd sa signification altruiste, transcendante, pour devenir quasiment une transaction commerciale (et mal payée qui plus est ! Donc à quoi bon ?!)

La perte de sens est ce qu’il y a de plus redoutable dans la démotivation !

Car le sens est le plus puissant des moteurs pour nous faire bouger !

Illustration avec «La fable des tailleurs de pierre» 

C’est une histoire attribuée à Charles Peguy.

En se rendant à Chartres, il aperçoit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillet. Ses gestes sont rageurs, sa mine est sombre. Intrigué, Peguy s’arrête et demande :

« Que faites vous, Monsieur ? »

« Vous voyez bien », lui répond le bonhomme, « Je casse des pierres ». Malheureux, le pauvre homme ajoute d’un ton amer : « J’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai faim. Mais je n’ai trouvé que ce travail pénible et stupide ».

Un peu plus loin sur le chemin, Peguy aperçoit un autre homme qui casse lui aussi des cailloux.

Son attitude semble différente.  Son visage est plus serein, et ses gestes plus harmonieux.

« Que faites vous, Monsieur ?», questionne une nouvelle fois Peguy.

« Je suis casseur de pierre. C’est un travail dur, vous savez, mais il me permet de nourrir ma femme et mes enfants. »

Reprenant son souffle, il esquisse un léger sourire et ajoute : « Et puis allons bon, je suis au grand air, il y a sans doute des situations pire que la mienne ».

Plus loin, notre homme, rencontre un troisième travailleur. Son attitude est totalement différente. Il a un franc sourire et il abat sa masse, avec enthousiasme, sur le tas de pierre. Pareille ardeur est belle à voir !

« Que faites-vous ? » demande Peguy

« Moi, répond l’homme, je bâtis une cathédrale ! »

Et voilà pour le sens, qui est la plus efficace des motivations intrinsèque !

 

On en reparle très vite !